


Cette création s’inscrit dans la continuité des deux précédentes : Soldate n°2 et Soldat n°1.
Avant même de poser le premier trait, une question s’impose — simple en apparence et essentielle en réalité : d’où faut-il la regarder ? Par en dessous, par au-dessus, de face, de profil ? Changez l’angle, et c’est un autre personnage qui apparaît : plus fragile, plus menaçant, plus héroïque.
Alors, quel point de vue ferait justice à son action ?
« Vue d’en dessous, elle paraîtra imposante et forte. »
C’est cette idée qui a guidé tout le reste : construire la pose autour de la force et du souffle d’un geste, et éviter ainsi une silhouette trop rigide.
Concrètement, j’ai d’abord capturé le mouvement de l’ensemble du corps — sa courbe, ce moment suspendu juste avant de retomber — avant de me soucier du moindre détail.
Le personnage devait suivre l’élan de son saut, et non l’inverse.
Une question de priorités : on ne construit pas le toit d’une maison avant ses fondements.
Voici cette étape en image :

J’ai encore oublié les papattes !
J’ai repris le bas des jambes et les mains pour leur donner une apparence féline, faisant ressortir son côté sauvage et menaçant.
« N’essaie pas de me duper à mon tour, marchand de sable ! À beau mentir qui vient de loin. Tu as déjà endormi trop de touristes avec tes salades ! »

Pour découvrir le processus des prochains personnages et suivre le développement de l’univers des Mythes Galinéens, rendez-vous bientôt dans cette même rubrique.

Cette soldate exerce dans la cité bâtie autour du palais d’Abouk Nica, en plein cœur du désert de Silige. Une combattante redoutable, armée d’une lance tranchante — qui n’hésite pas avant de s’en servir.
J’ai réalisé cette illustration pendant ma formation où j’apprenais à capturer le mouvement et l’énergie d’un corps en action, plutôt que ses détails, à l’été 2026. (Vous pouvez d’ailleurs feuilleter mon carnet de croquis complet sur le sujet : Carnet Juillet 2026)
Pour le dynamisme de sa pose, je suis retourné puiser dans mes souvenirs d’enfance : les films de kung-fu que je dévorais, avec leurs postures suspendues juste avant l’impact.
Petit détail qui a son importance : son couvre-chef porte un trou en forme de cercle, un clin d’œil au Soleil, symbole de la cité.
En garde, brigand des limbes, votre vie ne tient désormais qu’à un fil !
Voici le croquis de base :

Après plusieurs essais de colorisation, le visage dans le ciel attirait trop l’œil et volait la vedette au personnage lui-même, censé être le vrai centre de l’image
J’ai donc décidé de confondre volontairement ce visage avec le ciel. Il reste très présent — sa taille imposante ne s’efface pas — mais sans jamais concurrencer l’importance de mon personnage en dessous.
Voici le résultat final :

Vous pouvez retrouver le précédent soldat et tout son processus de création ici : Soldat n°1
De nouveaux personnages et leurs coulisses arrivent bientôt dans cette rubrique. À très vite !

Un continent entier, avec ses royaumes, ses peuples, ses tensions… mais pas encore un seul visage pour l’habiter. C’est un peu la situation de départ avec les Mythes Galinéens : un univers déjà riche dans la tête de Florian, que je découvre encore par fragments.
Sa question revient souvent : qu’est-ce que tu aurais envie de dessiner ?
Ma première réponse était sans doute un peu trop ambitieuse : plusieurs personnages, un décor complet, toute une scène. Bien trop de choses à gérer en même temps. Retour à zéro, donc, avec une règle simple : un seul personnage, mais qu’on prendrait vraiment le temps de construire.
Voici cette première tentative — celle qu’on a fini par ranger dans un tiroir :

On y devine les lignes de construction en rouge, la silhouette d’un soldat au premier plan, une foule de personnages, et des dômes qui évoquent des palais en arrière-plan. À gauche, une photo qui m’a servi de point de départ pour le costume.
Première région explorée : le désert de Silige. Ici, peu d’humains — la population local est faite de panthères, de tigres et de lions, tous debout, habillés, avec leurs propres coutumes.
Question gabarit : les panthères sont plutôt fines, les tigres un peu plus costauds, et les lions carrément imposants.
Ce désert n’est pas juste un bout de carte isolé : c’est un carrefour, l’endroit où de nombreuses routes du continent finissent par se croiser.

Et comme souvent, un même territoire cache deux réalités opposées. D’un côté, une cité bâtie autour du palais d’Abouk Nica, patrouillée par de nombreux gardes.
Ses allées marchandes grouillent de monde le jour — et la nuit venue, les marchés noirs prennent le relais.
Les bandits s’y donnent rendez-vous sans trop se cacher, forces de l’ordre ou pas.
De l’autre côté : des bidonvilles, où les habitants survivent, écrasés par la chaleur du désert.
Entre les deux, une muraille. Littéralement.

Parmi tous les habitants possibles de cette cité, j’ai choisi de commencer par un soldat panthère, au service du palais.
Florian m’a partagé quelques dessins d’autre artistes sur des panthères anthropomorphes et m’a laissé totalement libre sur l’apparence du personnage — un vrai luxe, mais aussi une vraie responsabilité. Seule règle que je me suis fixée : rester fidèle à l’esprit fantasy. Je suis allé piocher un peu partout des images références : l’Aladdin (animée) de Disney, des photos de tenues égyptiennes, des costumes traditionnels du Moyen-Orient.
De ce mélange est née cette première proposition :

Le personnage a ensuite pas mal changé de tête : costume ajusté, couleurs testées, retestées, abandonnées… jusqu’à ce que je m’attaque à ses pattes arrières, trop humaines. Un détail qui, une fois corrigé, a suffi à faire basculer le personnage du côté félin plutôt qu’humain déguisé.
Restait un problème : les couleurs avaient un côté trop propre, trop numérique — comme sorties tout droit d’un écran. J’ai réglé ça avec une texture de papier posée sur toute l’illustration, pour lui redonner un peu de grain et de chaleur.
Résultat final :

D’autres habitants des Mythes Galinéens attendent encore d’être dessinés.
Leur tour viendra — et je vous raconterai ça ici, dans les prochains articles de cette rubrique.

J’ai rencontré Florian Caron pour la première fois lors du nouvel an 2025.
Il est aujourd’hui mon associé.

Chacun créatif à sa manière, l’entente entre nous s’est bien installée. Un peu moins d’un an après, nous avons décidé de nous allier pour développer des projets créatifs ensemble.
Florian écrit depuis plusieurs années et a appris par lui-même des méthodes et des structures efficaces pour développer ses univers et ses histoires. Il a notamment construit une sorte de dictionnaire interactif de plusieurs centaines de pages.
L’univers qui le suit depuis longtemps est celui des Mythes Galinéens. Il en a écrit un premier volume, une fantasy qu’il propose gratuitement à la lecture ici :
Découvrir le tome 1 : « L’épreuve de l’ordre »
Récemment, nous avons choisi de mettre son univers en images.
J’ai déjà dessiné plusieurs personnages, qui feront l’objet de prochains posts.
En voici un aperçu :
Voici l’évolution du logos :

La suite arrive bientôt — d’autres personnages, d’autres visages des Mythes Galinéens à découvrir dans les prochains posts.

Début juillet, je rejoins une formation de dessin.
Motivé, crayon aiguisé, chicorée correcte.
Chaque matin, je m’installe pour deux bonnes heures de gesture — cet exercice qui consiste à capter, à partir de photos de comédiens en mouvement, l’élan interne d’un corps pour l’exagérer et en tirer une émotion la plus directe possible. Trouver le geste juste avant qu’il ne devienne un cliché. C’est technique, c’est exigeant, et c’est passionnant.
Tout va bien, enfin….
Très vite, je sympathise avec d’autres élèves qui pratiquent le même exercice. On prend l’habitude de dessiner ensemble, de 9h-9h30 à 11h30. Personne n’a rien décidé officiellement. Ça s’est juste… installé. Un rituel tacite, tissé de « à demain ! » et de smileys sur Discord*. Et pendant un moment, c’est exactement ce dont j’avais besoin : une présence légère, un peu de chaleur humaine autour d’un exercice qu’on pourrait très bien faire seul.
Et c’est là que ça devient intéressant.
Au bout de quelques semaines, j’ai eu envie de bosser d’autres chapitres de ma formation dans cette même plage horaire — des exercices solitaires, sans visio, sans personne, juste moi et mon crayon.
Une envie simple. Presque anodine.
Sauf que je me suis senti comme… coincé. Comme si j’avais signé une clause horaire de 9h à 11h30, alors que personne ne me l’avait fait signer. J’avais l’impression que j’allais devoir m’excuser de ne pas venir dessiner avec le groupe, comme si je posais un lapin à des gens. Pourtant je ne leur devais absolument rien, et eux non plus. Ils n’avaient probablement pas d’attente précise vis-à-vis de moi et de mes engagements imaginaires.
Et le plus drôle, c’est que je connais à peine ces personnes. On sympathise, oui. On rigole entre deux croquis, oui. Mais niveau engagement réel ? Pas de papier signé, zéro promesse formulée. Juste une routine qui s’est glissée dans mon emploi du temps par la petite porte, et qui s’est mise à peser un peu plus chaque jour, sans bruit, jusqu’à devenir une évidence que je n’osais plus questionner.
Ce qui m’a frappé, c’est à quel point l’implicite peut devenir envahissant sans jamais avoir été invité. Personne ne m’a dit « tu dois venir tous les jours à 9h ». Personne n’a rien exigé. C’est moi qui ai transformé une habitude agréable en règle intérieure, puis cette règle en une petite culpabilité diffuse dès que j’envisageais d’y déroger.
Pour être honnête, ça peut concerner bien d’autre chose que le dessin.
C’est le pote avec qui on va courir le dimanche matin et qu’on n’ose plus décommander. C’est la réunion café à 10h qu’on continue de faire « parce qu’on l’a toujours faite ». C’est le groupe WhatsApp des amis où on se sent obligé de placer un smiley à des messages qui ne nous intéressent pas.
On tisse des habitudes avec les autres, et à un moment, sans qu’on sache exactement quand, l’habitude se retourne et commence à nous tisser à son tour. On finit par vivre des journées qu’on n’a jamais vraiment choisies, simplement parce qu’on n’a jamais pris le temps de les remettre en question.
J’ai dit ce que je voulais. « Je vais bosser sur d’autres chapitres, en solo, ce matin. » Et pas de procès d’abandon de poste. Juste un « ok, à plus tard alors ! »
Cette tension que je m’étais construite dans ma tête pendant plusieurs jours s’est dégonflée en écrivant et partageant une phrase courte, écrite en deux secondes. Tout simplement. Ce que j’avais imaginé comme une négociation délicate n’était en réalité qu’une information factuel à donner. Rien de plus.
Le dessin de gesture, c’est capter le mouvement intérieur d’un corps pour en révéler l’émotion la plus vraie — celle qui existe avant qu’on ne la maquille, avant qu’on ne la corrige pour qu’elle ressemble à ce qu’on attend d’elle.
Je crois que c’est exactement ce qui m’a manqué pendant cette dernière semaine. Occupé à honorer un engagement que personne ne m’avait demandé, j’avais arrêté d’écouter mon propre mouvement intérieur. Et ce mouvement-là ne prévient jamais bien fort : il n’envoie pas de message sur Discord, il ne pose pas d’ultimatum.
Il se contente d’un léger inconfort, presque timide, qui grandit doucement si on ne l’écoute pas.
Alors si une part de vous se sent aujourd’hui portée par une habitude plutôt que portante — un jogging du dimanche, une réunion café, un rituel qui a cessé de vous ressembler — ce n’est peut-être pas le signe qu’il faut tout arrêter. C’est juste une invitation à revérifier le contrat. À se demander qui l’a vraiment signé.
Et si c’est vous, tout seul, dans votre coin, sans jamais l’avoir relu : la bonne nouvelle, c’est que vous pouvez le réécrire à tout moment.
Il suffit souvent d’une phrase.
Parfois deux secondes suffisent pour redevenir l’auteur de sa propre journée.
Discord* (nom propre) : application de messagerie instantanée, prisée des communautés en ligne (gamers, artistes, étudiants…), qui permet de discuter par écrit, en vocal ou en visio dans des salons thématiques. À l’origine pensée pour les joueurs, elle est aujourd’hui devenue le repaire de bien d’autres profils — parfois même de quelques emplois du temps..